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Joe préparait son exposition à Dakar, alité…
Peu avant son décès, le 25 Avril dernier, je croisais son ami Wasis Diop, le montrant du regard « Elle est là l’œuvre » le décrivant.
Joe Ouakam né Issa Samb en 1945 – Ramangélissa Samb dans ses poèmes- est un personnage, un véritable acteur du film de sa vie. Entrez dans son laboratoire Agit ’Art, et silence, il tourne… pour vous, pour vos yeux… au milieu de sons stridents de musique d’un vieux magnétophone ; et d’arbres gigantesques qui rappellent l’arbre à palabre de nos ancêtres, celui des contes africains.
Artiste ou non, inconnu ou pas, il vous invitait – suivant son humeur parfois tyrannique, en réalité théâtrale – à improviser à partir de ses installations, sculptures ou peintures qui changeaient quotidiennement. Oui, Joe était curateur, scénographe de son célèbre « musée » dynamique, à ciel ouvert, où la pluie était son amie et celle de ses toiles, pour cultiver l’éphémère.
Vous pouviez côtoyer à n’importe quelle heure – si vous en aviez le courage- ses fameux membres multidisciplinaires du Laboratoire ; voire même, les noms inscrits de ceux disparus, qu’il est parti rejoindre pour « peindre des portraits de tous ses frères morts » écrit-il dans « l’écume du soleil », son dernier recueil en 2016…
Le 17 Rue Jules Ferry, n’était pas un atelier comme les autres. Il combinait l’héritage ancestrale d’un fils de « Kam » (Wa-Kam qui veut dire « ceux de Kam », une commune Léboue du Phare des Mamelles), mélangeant rites sacrés du peuple de l’eau, expérimentation, modernité et partage…


Très avant-garde et international, vous pouviez le surprendre à taquiner ses amis dans la langue du pays, ou parler le Peulh, et tout d’un coup un Français académique avec un accent parisien. Brillant intellectuel et sophistiqué, l’artiste plasticien a fait le tour du monde avec son art, ses films, ses livres… et le monde entier est venu à lui.
Le laboratoire Agit’art – son domicile- était une institution culturelle de rencontres, d’échanges sous son immense hévéa, robuste… Ce lieu, qui fut un jardin d’acclimatation qu’il a entretenu depuis plus de 40 ans autour de l’art, en plein cœur du Dakar-Plateau, poursuit sa destinée. Même si la « cour de Joe » ne sera plus qu’un lieu résidentiel, Issa Samb inspire déjà la nouvelle génération d’artistes*.
L’Homme au béret noir, à la pipe et aux lunettes rondes, monument historique de l’art du continent, est parti comme il le souhaitait : mourir paisiblement dans son laboratoire. Il reste immortel, comme le veut la coutume Léboue, en devenant le « rapp » (esprit protecteur – ou non en wolof) du Plateau, car les morts ne sont pas morts chez nous.